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Quand un peintre Français saisit la magie de la lumière de Venise
Venise ce n'est pas toute sa vie, mais quelques morceaux de sa vie. Peut-être les plus importants. Roger de Montebello y venait enfant et les lumières des campi durent l'imprégner sans qu'il n'y prenne garde. Il y est retourné, bien plus tard, après de brillantes études - Beaux-Arts à Séville, histoire de l'art à Harvard, Sciences Po à Paris - à l'âge ou l'on se décide entre le barreau et la finance. Lui, depuis ses dix-sept ans voulait être peintre. Il en avait l'instinct, les capacités, il lui manquait un sujet. Venise lui révélera ses beautés secrètes. Dans son petit atelier, à deux pas de l'Accademia où trônent triomphants les chefs-d'œuvre du Titien et de Tintoret, il passe désormais plusieurs mois par an à tenter de les saisir. Une vingtaine de petites toiles sont accrochées au mur, le début d'une série de variations dans lesquelles il s'efforce de traquer « les harmonies simultanées », ces instants où la ligne d'horizon confond le ciel et l'eau ; où le vent dans les arbres de San Michèle souffle en silence le chant du monde ; où dans le matin glacé, San Giorgio prend des airs de Saint-Pétersbourg. Cela fait maintenant plus de quinze ans, qu'il y construit une partie de son œuvre, partagée entre Venise - qu'il peint sur le motif ou en retrouvant dans son atelier une contemplation passée - et la tauromachie, qu'il saisit sur le vif. Pourquoi Venise ? Roger de Montebello entrecoupe sa réponse de silences. Affable, à mille lieux des postures de l'artiste maudit ou du poseur glorieux, il en dit peu sur sa peinture. Elle parle pour lui. L'Arsenal, San Michele, la Salute, San Marco, Burano... ses visions dépouillées, qui prennent racine dans l'épure du Trecento, nous suggèrent qu'il est parti à la recherche de l'âme de Venise. La profondeur de son regard, la justesse de son trait et la vérité de ses lumières en dessinent déjà les contours. Vincent Trémolet de Villers, Les silences de Montebello, Le Figaro Hors-série, Décembre 2003
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