|
COMME LA MUSIQUE SCULPTE LE SILENCE à la recherche de l'harmonie, la peinture de Roger de Montebello pose dans de vastes espaces une architecture silencieuse - tout être vivant semblant absent - qui, en fait, montre l'homme sous son aspect le moins discutable: à travers ses oeuvres, dialogue toujours renouvelé avec le mystère du monde. Spatialité et musicalité: ce qui manque le plus à l'homme d'aujourd'hui devient ainsi, dans la série ivoire et rouge de San Michele, source de sérénité. Intense en effet est la joie intérieure de celui qui se sent appelé à pénétrer, par les rares ouvertures que concède le peintre, dans ces temples majestueux et déserts où quelque chose peut-être lui sera révélé. Car, au-delà du commentaire élégant et fin sur l'art antique et renaissant, une profonde tension vibre dans ces tableaux: confrontant la sculpture ivoirine de l'édifice hexagonal à la masse rouge et compacte des bâtiments conventuels - déplacés par le peintre -, ils résolvent cet antagonisme par l'harmonie supérieure qui résulte d'une libre coexistence des contraires. De cet équilibre naît la beauté, apaisante comme une promesse d'éternité, exigeante comme une invitation à une approche de la vérité, où tout est toujours à recommencer. Certes, Roger de Montebello a tranché: recomposant à sa guise l'oeuvre de Codussi et de Sansovino, réduisant à l'extrême la gamme chromatique, imposant un reflet dans l'eau tantôt intégral, tantôt partiel, il a fait ses choix et sa vision plastique est par sa forte cohérence source de bien-être. Non pas celui qui amollit et qui endort, mais celui où se puisent les grandes aspirations: vivifiée par le plaisir de la contemplation, la pensée reprend son élan, et son chemin. Jérôme Zieseniss, 1995
|